Troisième ville de Hokkaido après Sapporo et Asahikawa, Hakodate se niche à la pointe sud de l’île, face au détroit de Tsugaru. Premier port japonais ouvert au commerce international en 1859, elle garde de cette époque un charme cosmopolite rare au Japon, entre églises russes, consulats occidentaux et ruelles en pente qui plongent vers la mer. Voici un tour d’horizon pour comprendre pourquoi cette ville portuaire séduit les voyageurs en quête d’un Japon plus lent.
Hakodate en un clin d’œil
Hakodate vit au rythme de son port et de sa montagne de 334 mètres. On y vient pour trois raisons : la vue nocturne classée parmi les trois plus belles du pays, une cuisine de la mer d’une fraîcheur rare et un quartier historique qui raconte l’ouverture du Japon au monde. La ville reste à taille humaine, se parcourt à pied ou en tramway, et offre un vrai contrepoint à l’énergie de Sapporo située à quatre heures de route plus au nord.
Le climat y est plus doux que sur le reste de Hokkaido grâce à sa position méridionale. Printemps fleuri, été vivant, automne flamboyant et hiver enneigé : chaque saison dessine une Hakodate différente.
Le mont Hakodate et ses vues nocturnes mythiques
Le Hakodateyama domine la ville de ses 334 mètres et propose l’un des panoramas les plus célèbres du Japon, aux côtés de Nagasaki et Kobe. Au crépuscule, la presqu’île se dessine comme un collier lumineux posé entre deux baies et les bateaux de pêche au calamar scintillent au large.
Le téléphérique part du quartier de Motomachi et grimpe au sommet en trois minutes. Prévoir une longue attente pour la redescente les soirs d’été et de week-end : l’affluence est réelle, et le spectacle mérite cette patience.
À quelques kilomètres, le fort étoilé de Goryokaku conserve la mémoire de la dernière bataille de la guerre de Boshin, en 1869. Reconverti en parc, il dévoile sa forme d’étoile depuis la tour d’observation voisine, haute de 107 mètres. Au printemps, 1 600 cerisiers transforment les douves en tunnel de fleurs.
Motomachi, flânerie entre Orient et Occident
Adossé au mont Hakodate, le quartier de Motomachi concentre l’héritage international de la ville. On y passe en quelques pas d’une cathédrale orthodoxe russe à un consulat britannique, puis d’une résidence de marchand Meiji à une église anglicane. Cette mosaïque architecturale sans équivalent au Japon donne au quartier une atmosphère feutrée, à flanc de colline, avec la mer en toile de fond. C’est le genre d’endroit qui donne envie de garder une trace écrite de ses impressions, tant chaque ruelle raconte une histoire différente.
Quelques adresses à retenir pour s’y perdre une demi-journée :
- Hakodate Kokaido, ancien hall public de 1910, façade bleu et jaune, salle de bal qui accueillit la famille impériale
- Résidence Kyu Soma-ke, demeure d’un marchand Meiji mêlant salons occidentaux et pièces à tatami
- Ancien consulat britannique, petit musée sur l’ouverture du port avec salon de thé à l’anglaise
- Sanctuaire Funadama-jinja, le plus ancien de Hokkaido, niché dans la verdure au-dessus de la baie
Sur le front de mer, les entrepôts de briques rouges Kanemori Akarenga forment la plus jolie carte postale du port. L’intérieur, transformé en boutiques, reste dispensable ; on profite mieux du décor en longeant les quais.
Les saveurs de la mer au marché du matin
À deux pas de la gare, le Hakodate Asa Ichi ouvre dès l’aube et rassemble ce que le port a ramené durant la nuit. Les vendeurs tendent volontiers un morceau d’oursin à goûter et l’on compose son propre kaisendon, ce bol de riz couvert de produits de la mer qui résume la ville en une bouchée.
Les incontournables du comptoir :
- Uni (oursin) à la chair sucrée et fondante
- Ikura (œufs de saumon) brillants, texture explosive
- Ika (calamar), symbole de la ville, parfois pêché vivant dans un bassin central puis servi en sashimi
- Hotate (coquilles Saint-Jacques) charnues et douces
Autre spécialité à ne pas manquer : le ramen au sel de Hakodate, bouillon clair et délicat qui laisse la nouille s’exprimer. La ville en revendique la paternité. Plus inattendu, la chaîne locale Lucky Pierrot propose des burgers kitsch cultes, dont un au poulet chinois qui a conquis tout Hokkaido.
Onsen, parcs et escapades autour de Hakodate
À dix minutes du centre, le quartier thermal de Yunokawa Onsen aligne des ryokan dont certains offrent des bains face à la mer. Les sources chaudes y sont exploitées depuis des siècles et soignaient autrefois les samurai blessés.
Pour s’offrir un bol d’air plus large, plusieurs excursions valent le détour :
| Lieu | Distance | Intérêt |
|---|---|---|
| Parc Onuma Koen | 30 min en voiture | Lac parsemé d’îlots, canoë, momiji en automne |
| Matsumae | 2 h en voiture | Seul château encore debout de Hokkaido, cerisiers au printemps |
| Lac Toya | 2 h en voiture | Caldeira, onsen de Toyako, feux d’artifice estivaux |
| Noboribetsu Onsen | 2 h 50 en voiture | Vallée des enfers, bains les plus réputés de l’île |
Mention spéciale pour Mizunashi Kaihin Onsen, bassin creusé dans le sable qui se remplit d’eau chaude à marée basse. L’expérience demande un peu de timing mais reste spectaculaire, avec l’océan à quelques mètres.
Rejoindre Hakodate depuis Tokyo
Le Shinkansen Hokkaido relie Tokyo à Shin-Hakodate-Hokuto en quatre heures environ. Un train local prend ensuite le relais jusqu’au centre-ville (18 minutes). Le Japan Rail Pass couvre le trajet, ce qui en fait l’option la plus confortable pour les voyageurs au long cours, surtout si l’on a pris soin de préparer un bagage allégé et bien pensé pour enchaîner les étapes sans s’alourdir.
Pour ceux qui viennent de Sapporo, comptez quatre heures de train ou de voiture. L’aéroport de Hakodate propose aussi des vols directs depuis Tokyo-Haneda en 1 h 20, utile si le temps presse et que l’on veut ouvrir son séjour par le sud avant de remonter vers le cœur sauvage de Hokkaido.







